Classes de parties affectées : la dérogation à la priorité absolue peut résulter du plan lui-même
Les faits
Le 4 octobre 2021, la société Unhycos a été mise en redressement judiciaire, la société V & V associés étant désignée administrateur et la société MMJ mandataire judiciaire ; la société Caisse d'épargne et de prévoyance Ile-de-France et la société Crédit du Nord, aux droits de laquelle vient la Société générale, ont déclaré leurs créances. Par ordonnance du 31 mai 2022, le juge-commissaire a autorisé la constitution de classes de parties affectées, puis, par ordonnance du 17 juillet 2022, a désigné un expert pour déterminer la valeur de l'entreprise ; l'administrateur a constitué huit classes, dont celle des établissements bancaires en sixième rang et celle des crédits-bailleurs en septième rang, sans opposition. Six classes sur huit ont accepté le projet de plan ; les banques, appartenant à l'une des classes dissidentes, ont formé un recours en invoquant la règle dite « du meilleur intérêt des créanciers » et celle dite « de la priorité absolue ». À l'audience du 13 janvier 2023, le président de la société Unhycos a demandé l'arrêté du plan présenté par l'administrateur et son imposition aux classes ayant voté contre. Par jugement du 10 février 2023, le tribunal a rejeté les demandes des banques, retenu une valeur d'entreprise de 2 470 000 euros et arrêté un plan remboursant les créances des classes de parties affectées à hauteur de 14 % sur dix ans. Par arrêt du 12 septembre 2023, la cour d'appel de Versailles a rejeté les contestations des banques et arrêté le plan, ce contre quoi les deux banques se sont pourvues en cassation.
La question posée
La dérogation à la règle de la priorité absolue, que l'article L. 626-32, II, du code de commerce subordonne à une demande du débiteur ou de l'administrateur avec l'accord du débiteur, peut-elle être accordée lorsque aucune demande expresse n'a été formée, mais que le plan comportant cette dérogation a été présenté au tribunal par l'administrateur avec l'accord du débiteur ?
Ce que l'arrêt décide
L'article L. 626-32, II, du code de commerce, rendu applicable au redressement judiciaire par l'article L. 631-19, I, alinéa 5, permet au tribunal de déroger à la règle dite « de la priorité absolue » énoncée à l'article L. 626-32, I, 3°, sur demande du débiteur ou de l'administrateur avec l'accord du débiteur, laquelle demande peut résulter de la présentation qui lui est faite, par ces derniers, du plan comportant une telle dérogation.
Ce que dit la Cour« 9. L'article L. 626-32, II, du code de commerce, rendu applicable au redressement judiciaire par l'article L. 631-19, I, alinéa 5, permet au tribunal de déroger à la règle dite « de la priorité absolue » énoncée à l'article L. 626-32, I, 3° sur demande du débiteur ou de l'administrateur avec l'accord du débiteur, laquelle demande peut résulter de la présentation qui lui est faite, par ces derniers, du plan comportant une telle dérogation. 10. Ayant constaté, par motifs propres et adoptés, que le projet de plan avait été présenté selon les modalités adoptées par l'administrateur judiciaire avec l'accord du président de la société Unhycos, ainsi qu'il l'a confirmé à l'audience du tribunal, la cour d'appel en a exactement déduit que, même si aucune demande expresse n'a été faite en ce sens, il pouvait être dérogé à la règle énoncée à l'article L. 626-32, I, 3° du code de commerce et qu'il lui appartenait de vérifier si les conditions prévues au II de ce texte étaient réunies. »
Texte intégral : source officielle
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Relu et validé le 31 août 2026 par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge des procédures collectives et juge-commissaire.
Commentaire signé, source vérifiée le 29/08/2026. La décision elle-même est consultable sur sa source officielle : seul ce texte fait foi. Le commentaire éclaire la portée pratique, il ne remplace pas un conseil personnalisé.
Par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge du contentieux, juge des procédures collectives et juge-commissaire Mis à jour le