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Urgence
Cass. com. · 03/04/2019 · n° 17-28.463

Compenser des dettes connexes sans attendre l'admission de sa créance

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Arrêt commenté Rendu le 3 avril 2019 · Source : texte officiel

Les faits

En 2007, la société Sauvaget & compagnie a réalisé des travaux pour la SCI Lepas Dubuisson, portant notamment sur l'installation d'un système de chauffage, réceptionnés le 12 août 2008. La société Sauvaget a été mise en redressement judiciaire le 31 mars 2011. Relevée de forclusion par une ordonnance du 8 septembre 2011, la SCI a déclaré au passif, le 21 octobre 2011, des créances de pénalités de retard et de dommages-intérêts pour non-conformité de l'installation de chauffage. Un plan de redressement a été arrêté au profit de la société Sauvaget le 9 décembre 2011. Le 30 janvier 2013, celle-ci a assigné la SCI en paiement du solde des travaux, et la SCI lui a opposé la compensation avec ses propres créances déclarées. La cour d'appel de Paris, le 15 septembre 2017, a déclaré ces demandes de la SCI irrecevables, au motif qu'elle ne justifiait pas de l'admission de ses créances au passif.

La question posée

Le créancier qui oppose la compensation d'une créance antérieure connexe déclarée à la demande en paiement formée par le débiteur en procédure collective doit-il justifier de l'admission de cette créance au passif pour que le juge du fond puisse en tenir compte ?

Ce que l'arrêt décide

Un maître d'ouvrage, poursuivi en paiement du solde de travaux par une entreprise en redressement, opposait la compensation avec ses créances déclarées de pénalités et de malfaçons issues du même contrat. La cour d'appel l'avait déclaré irrecevable faute d'admission de ses créances. Cassation : le juge doit se prononcer sur le caractère vraisemblable de la créance connexe déclarée, et dans l'affirmative, admettre le principe de la compensation à concurrence du montant que fixera le juge-commissaire.

Ce que dit la Cour

« lorsqu'un créancier invoque la compensation d'une créance antérieure connexe déclarée pour s'opposer à la demande en paiement formée contre lui par un débiteur en procédure collective, le juge du fond saisi de cette demande doit d'abord se prononcer sur le caractère vraisemblable ou non de la créance ainsi invoquée, et, dans l'affirmative, ne peut qu'admettre le principe de la compensation et ordonner celle-ci à concurrence du montant de la créance à fixer par le juge-commissaire, sans que le créancier n'ait à prouver que sa créance a été admise à ce stade »

Texte intégral : source officielle
La portée pratique
Comment s'en servir
Si vous êtes poursuivi en paiement par une entreprise en procédure collective, vous pouvez opposer la compensation sans attendre que le juge-commissaire ait admis votre propre créance. Vous devez prouver deux choses : que vous avez déclaré votre créance au passif dans les délais, et que cette créance est connexe à celle qu'on vous réclame, ce qui est acquis lorsque les deux naissent du même contrat, ici le même marché de travaux. Au stade du juge du fond, il suffit d'établir la vraisemblance de votre créance : le juge doit se prononcer sur ce point et, s'il la retient, admettre le principe de la compensation, le montant restant fixé par le juge-commissaire. Le piège à éviter est de laisser passer le délai de déclaration, car sans créance déclarée il n'y a rien à compenser, et de croire qu'une décision d'irrecevabilité faute d'admission est définitive : elle est cassable.
L'histoire et l'esprit de la solution
Un maître d'ouvrage, poursuivi en paiement du solde de travaux par une entreprise en redressement, opposait la compensation avec ses créances déclarées de pénalités et de malfaçons issues du même contrat, et la cour d'appel l'avait déclaré irrecevable faute d'admission de ses créances. Cassation : le juge du fond doit d'abord se prononcer sur le caractère vraisemblable de la créance connexe déclarée. Dans l'affirmative, il ne peut qu'admettre le principe de la compensation et l'ordonner à concurrence du montant que fixera le juge-commissaire, sans exiger la preuve d'une admission à ce stade.
Portée approfondie
La compensation des dettes connexes est la seule exception que l'article L622-7 ménage à l'interdiction de payer les créances antérieures, et l'arrêt la rend praticable en dissociant le principe, acquis dès la vraisemblance, du montant, réservé au juge-commissaire dans le cadre de l'article L624-2. Les conditions demeurent : la connexité, typiquement des créances issues du même contrat, et une déclaration de créance faite dans les délais, sans laquelle il n'y a rien à compenser.

Les textes que cet arrêt applique

Pour aller plus loin sur ces textes

Relu et validé le 14 août 2026 par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge des procédures collectives et juge-commissaire.

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Commentaire signé, source vérifiée le 12/08/2026. La décision elle-même est consultable sur sa source officielle : seul ce texte fait foi. Le commentaire éclaire la portée pratique, il ne remplace pas un conseil personnalisé.

Par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge du contentieux, juge des procédures collectives et juge-commissaire Mis à jour le

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