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Urgence
Cass. com. · 30/06/2021 · n° 20-15.690

Même le salarié ne saisit pas : l'arrêt des poursuites, relevé d'office

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Arrêt commenté Rendu le 30 juin 2021 · Source : texte officiel

Les faits

Par un jugement d'un conseil de prud'hommes du 16 janvier 2015, la société Ateliers Chollet frères a été condamnée à payer des dommages-intérêts à Mme [O], une ancienne salariée qui avait été licenciée. Pendant la procédure d'appel, une procédure de sauvegarde a été ouverte le 8 avril 2015 au profit de la société, la société SMJ étant désignée en qualité de mandataire judiciaire et intervenant à l'instance. Par un arrêt du 21 janvier 2016, la cour d'appel a condamné la société à payer certaines sommes à Mme [O]. Pendant l'exécution du plan arrêté le 6 avril 2016, celle-ci a fait délivrer un itératif commandement de payer aux fins de saisie-vente, en exécution de cette condamnation. La société a demandé la mainlevée des mesures d'exécution, et Mme [O] a assigné le commissaire à l'exécution du plan en exécution forcée. La cour d'appel de Paris, le 24 octobre 2019, a rejeté la demande de mainlevée au motif qu'il n'appartenait pas au juge de l'exécution de modifier le dispositif de l'arrêt du 21 janvier 2016, qui n'avait pas fixé la créance au passif mais condamné la société à payer.

La question posée

Une salariée titulaire d'une condamnation portant sur une créance antérieure au jugement d'ouverture d'une procédure de sauvegarde peut-elle en poursuivre l'exécution forcée contre l'employeur, au motif que les créances salariales sont dispensées de déclaration au passif ?

Ce que l'arrêt décide

Une salariée, munie d'une condamnation prud'homale portant sur une créance antérieure, avait fait pratiquer une saisie pendant l'exécution du plan de sauvegarde. Cassation : les créances salariales, dispensées de déclaration, n'échappent pas pour autant à l'arrêt des poursuites individuelles et des procédures civiles d'exécution, et le juge doit le constater au besoin d'office.

Ce que dit la Cour

« si les créances salariales ne doivent pas être déclarées au passif de la procédure collective, elles sont toutefois soumises à l'arrêt des poursuites individuelles et des procédures civiles d'exécution »

Texte intégral : source officielle
La portée pratique
La discipline collective de Art. L622-21 Article L622-21 En vigueur Code de commerce · De la sauvegarde I.-Le jugement d'ouverture interrompt ou interdit toute action en justice de la part de tous les créanciers dont la créance n'est pas mentionnée au I de l'article L. 622-17 et tendant : 1° A la condamnation du débiteur... En vigueur depuis le 01/10/2021 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ne connaît pas d'exception de faveur : le salarié, pourtant le créancier le mieux traité du livre VI (dispense de déclaration, relevés de Art. L625-1 Article L625-1 En vigueur Code de commerce · De la sauvegarde Après vérification, le mandataire judiciaire établit, dans les délais prévus à l'article L. 143-11-7 du code du travail, les relevés des créances résultant d'un contrat de travail, le débiteur entendu ou dûment appelé. L... En vigueur depuis le 15/02/2009 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → , garantie AGS de Art. L3253-6 Article L3253-6 En vigueur Code du travail · Garantie des salaires (AGS) Tout employeur de droit privé assure ses salariés, y compris ceux détachés à l'étranger ou expatriés mentionnés à l'article L. 5422-13, contre le risque de non-paiement des sommes qui leur sont dues en exécution du contr... En vigueur depuis le 01/05/2008 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ), ne peut pas saisir pour une créance antérieure, même armé d'un jugement. Et la règle est si forte que le juge de l'exécution doit la relever d'office. Pour le dirigeant : transmettre le jugement d'ouverture aux huissiers suffit en principe à faire tomber les mesures.
Comment s'en servir
La dispense de déclaration dont bénéficient les salariés ne les autorise pas à exécuter eux-mêmes une condamnation portant sur une créance antérieure au jugement d'ouverture : l'arrêt des poursuites individuelles et des procédures civiles d'exécution leur est opposable, y compris pendant l'exécution du plan. Le dirigeant d'une entreprise en sauvegarde qui reçoit un commandement de payer fondé sur une telle condamnation peut demander la mainlevée des mesures, en établissant que la créance est antérieure à l'ouverture. Le juge saisi doit alors constater l'interdiction, au besoin d'office, et ordonner la mainlevée, même si la décision servant de titre prononce une condamnation au lieu d'une fixation au passif. Le conseil vérifiera donc d'abord la date de naissance de la créance, car seule la créance antérieure est concernée par cette solution.

Les textes que cet arrêt applique

Pour aller plus loin sur ces textes

Relu et validé le 14 août 2026 par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge des procédures collectives et juge-commissaire.

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Commentaire signé, source vérifiée le 12/08/2026. La décision elle-même est consultable sur sa source officielle : seul ce texte fait foi. Le commentaire éclaire la portée pratique, il ne remplace pas un conseil personnalisé.

Par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge du contentieux, juge des procédures collectives et juge-commissaire Mis à jour le

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