Ce qu'il ne faut surtout pas faire dans les mois qui précèdent
Dirigeant, entrepreneur individuel
Le piège de la période suspecte est structurel : on ignore, au moment où l'on agit, que l'on s'y trouve déjà. Le tribunal fixe la date de cessation des paiements après coup et peut la faire remonter de dix-huit mois. Des actes accomplis en toute bonne foi peuvent alors être annulés. Voici ceux qu'il faut connaître avant, et non après.
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Ne payez jamais une dette avant son échéance
Tout paiement pour dette non échue au jour du paiement est nul de plein droit, quel qu'en soit le mode (Art. L632-1 Article L632-1 En vigueur Code de commerce · Du redressement judiciaire I. ― Sont nuls, lorsqu'ils sont intervenus depuis la date de cessation des paiements, les actes suivants : 1° Tous les actes à titre gratuit translatifs de propriété mobilière ou immobilière ; 2° Tout contrat commutati... En vigueur depuis le 15/05/2022 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → I 3°). L'intention est indifférente : vouloir préserver une relation commerciale n'excuse rien. C'est le piège le plus fréquent, parce qu'il sanctionne un comportement que le sens commun juge vertueux.
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Ne réglez pas autrement qu'en monnaie ordinaire
Le paiement d'une dette échue par un mode anormal : dation d'un bien, compensation, remise de marchandise, est nul de droit (Art. L632-1 Article L632-1 En vigueur Code de commerce · Du redressement judiciaire I. ― Sont nuls, lorsqu'ils sont intervenus depuis la date de cessation des paiements, les actes suivants : 1° Tous les actes à titre gratuit translatifs de propriété mobilière ou immobilière ; 2° Tout contrat commutati... En vigueur depuis le 15/05/2022 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → I 4°). Le texte n'admet que les espèces, effets de commerce, virements, bordereaux Dailly et « tout autre mode de paiement communément admis dans les relations d'affaires ». Le troc, si tentant soit-il quand la trésorerie manque, tombe hors du champ.
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Ne donnez aucune garantie pour une dette ancienne
Toute sûreté réelle constituée sur vos biens pour des dettes antérieurement contractées est nulle de droit (Art. L632-1 Article L632-1 En vigueur Code de commerce · Du redressement judiciaire I. ― Sont nuls, lorsqu'ils sont intervenus depuis la date de cessation des paiements, les actes suivants : 1° Tous les actes à titre gratuit translatifs de propriété mobilière ou immobilière ; 2° Tout contrat commutati... En vigueur depuis le 15/05/2022 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → I 6°). Un fournisseur inquiet qui obtient un nantissement en couverture de son encours perd sa garantie et redevient chirographaire. Le texte prévoit deux réserves, pas une : le remplacement d'une sûreté antérieure d'une nature et d'une assiette au moins équivalentes, et la cession de créance professionnelle intervenue en exécution d'un contrat-cadre conclu avant la date de cessation des paiements (Art. L632-1 Article L632-1 En vigueur Code de commerce · Du redressement judiciaire I. ― Sont nuls, lorsqu'ils sont intervenus depuis la date de cessation des paiements, les actes suivants : 1° Tous les actes à titre gratuit translatifs de propriété mobilière ou immobilière ; 2° Tout contrat commutati... En vigueur depuis le 15/05/2022 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → I 6°). Cette seconde réserve sauve les financements Dailly déjà en place, et elle est décisive pour l'entreprise qui en dépend.
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Méfiez-vous des actes déséquilibrés et des donations
Sont également nuls de droit les actes à titre gratuit translatifs de propriété et tout contrat commutatif dans lequel vos obligations excèdent notablement celles de l'autre partie (Art. L632-1 Article L632-1 En vigueur Code de commerce · Du redressement judiciaire I. ― Sont nuls, lorsqu'ils sont intervenus depuis la date de cessation des paiements, les actes suivants : 1° Tous les actes à titre gratuit translatifs de propriété mobilière ou immobilière ; 2° Tout contrat commutati... En vigueur depuis le 15/05/2022 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → I 1° et 2°). Céder un actif à un prix de complaisance, même à un proche de bonne foi, entre dans cette catégorie. Pour les donations, la fenêtre est encore plus large : le tribunal peut aussi annuler celles faites dans les six mois qui précèdent la date de cessation des paiements (Art. L632-1 Article L632-1 En vigueur Code de commerce · Du redressement judiciaire I. ― Sont nuls, lorsqu'ils sont intervenus depuis la date de cessation des paiements, les actes suivants : 1° Tous les actes à titre gratuit translatifs de propriété mobilière ou immobilière ; 2° Tout contrat commutati... En vigueur depuis le 15/05/2022 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → II).
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Sachez que le reste peut être annulé si l'autre savait
Les paiements de dettes échues et les actes à titre onéreux accomplis après la date de cessation des paiements peuvent être annulés si celui qui a traité avec vous connaissait cette cessation (Art. L632-2 Article L632-2 En vigueur Code de commerce · Du redressement judiciaire Les paiements pour dettes échues effectués à compter de la date de cessation des paiements et les actes à titre onéreux accomplis à compter de cette même date peuvent être annulés si ceux qui ont traité avec le débiteur... En vigueur depuis le 31/12/2025 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ). Ici la bonne foi protège, mais celle du cocontractant, pas la vôtre. Un créancier à qui vous avez écrit que vous ne pouviez plus payer aura bien du mal à soutenir qu'il l'ignorait : votre courrier pourra servir à prouver qu'il savait.
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Si vous avez négocié, faites homologuer
Le tribunal ne peut reporter la cessation des paiements à une date antérieure à la décision définitive homologuant un accord amiable, sauf fraude (Art. L631-8 Article L631-8 En vigueur Code de commerce · Du redressement judiciaire Le tribunal fixe la date de cessation des paiements après avoir sollicité les observations du débiteur. A défaut de détermination de cette date, la cessation des paiements est réputée être intervenue à la date du jugemen... En vigueur depuis le 01/07/2014 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ). L'homologation sanctuarise donc tout ce qui précède. C'est un argument stratégique sérieux en faveur de l'homologation, malgré la publicité qu'elle entraîne.
Point de vigilance
Ces nullités ne visent pas votre moralité : elles reconstituent l'actif au profit de tous les créanciers, en effaçant l'avantage qu'un seul a pu obtenir. Un acte parfaitement honnête peut y tomber. À l'inverse, seuls l'administrateur, le mandataire judiciaire et le ministère public peuvent demander le report de la date (Art. L631-8 Article L631-8 En vigueur Code de commerce · Du redressement judiciaire Le tribunal fixe la date de cessation des paiements après avoir sollicité les observations du débiteur. A défaut de détermination de cette date, la cessation des paiements est réputée être intervenue à la date du jugemen... En vigueur depuis le 01/07/2014 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ) : un créancier lésé doit convaincre l'un d'eux.
Et maintenant ?
Questions fréquentes
Quels actes sont nuls de droit dans la période suspecte ?
Les actes à titre gratuit translatifs de propriété, les contrats commutatifs déséquilibrés, les paiements de dettes non échues, les paiements par des modes anormaux, les dépôts et consignations sans décision de justice, les sûretés constituées pour des dettes antérieurement contractées, entre autres. La nullité est ici de droit : elle n'exige pas la preuve de la connaissance de l'état de cessation des paiements.
Et les actes annulables de manière facultative ?
Les paiements de dettes échues et les actes à titre onéreux peuvent être annulés si ceux qui ont traité avec le débiteur connaissaient son état de cessation des paiements. La charge de la preuve pèse sur celui qui agit, et un fournisseur qui avait mis en demeure trois fois se défend mal d'avoir ignoré la situation.
Comment se calcule le point de départ de la période suspecte ?
À partir de la date de cessation des paiements retenue par le tribunal, qui peut la reporter jusqu'à dix-huit mois avant le jugement (Art. L631-8 Article L631-8 En vigueur Code de commerce · Du redressement judiciaire Le tribunal fixe la date de cessation des paiements après avoir sollicité les observations du débiteur. A défaut de détermination de cette date, la cessation des paiements est réputée être intervenue à la date du jugemen... En vigueur depuis le 01/07/2014 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ). C'est pourquoi cette date se plaide : chaque mois de report ouvre un mois d'actes attaquables, et la Cour de cassation a jugé la date opposable au dirigeant dans l'instance en sanction.
Pour aller plus loin
Le socle légal, article par article
Ce que ce guide met en œuvre, texte par texte. Déduit des renvois du guide lui-même, et vérifié présent au corpus : jamais un article cité de mémoire.
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Article L631-8
L'article organise la datation judiciaire de la cessation des paiements : fixée au jugement d'ouverture après observations du débiteur, réputée être celle du jugement à défaut, et reportable en arrière, jusqu'à dix-huit mois, sur saisine de l'administrateur, du mandataire judiciaire ou du ministère public, dans l'année du jugement. Sauf fraude, la date ne peut remonter avant la décision définitive homologuant un accord de conciliation (L611-8). C'est cette date qui déclenche la période suspecte (L632-1) : chaque report rejoue le sort des actes passés.
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Article L632-1
La période suspecte est l'intervalle qui sépare la date de cessation des paiements du jugement d'ouverture, fixée par le tribunal et reportable jusqu'à dix-huit mois (L631-8). Pendant cet intervalle, le débiteur n'est plus solvable mais reste maître de son patrimoine : le texte neutralise donc rétroactivement les actes qui, à ce stade, ne peuvent qu'appauvrir le gage commun ou rompre l'égalité des créanciers. La nullité est de droit : il suffit de rapporter la date de l'acte et la date de cessation des paiements, sans avoir à démontrer la mauvaise foi du cocontractant. La liste est limitative et couvre quatre familles : l'appauvrissement pur (donations, contrats commutatifs notablement déséquilibrés, transferts en fiducie non concomitants d'une dette garantie, affectations de patrimoine appauvrissantes), le paiement prématuré (dettes non échues), le paiement anormal (autrement qu'en espèces, effets de commerce, virements, cession de créance professionnelle ou mode communément admis dans les relations d'affaires), et la garantie de dernière heure (sûreté réelle conventionnelle, droit de rétention conventionnel, hypothèque légale des jugements de condamnation, mesure conservatoire postérieure). Le II ajoute une rétroactivité renforcée de six mois pour les seuls actes à titre gratuit et la déclaration d'insaisissabilité, mais la nullité y devient facultative. À côté, L632-2 permet d'annuler les paiements de dettes échues et les actes à titre onéreux lorsque le cocontractant connaissait la cessation des paiements : nullité facultative, cette fois adossée à la preuve de la connaissance.
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Article L632-2
Ce texte est le second volet de la période suspecte, et il est plus redoutable que le premier parce qu'il ne vise rien de choquant en soi. L632-1 annule de droit des actes anormaux : donations, paiements par des moyens inhabituels, sûretés constituées pour des dettes antérieures. On comprend qu'ils tombent. Ici, ce qui peut être annulé, c'est un paiement parfaitement normal d'une dette parfaitement échue. Un fournisseur payé, une facture réglée, une échéance honorée. Ce qui fait basculer l'acte, ce n'est pas sa nature. C'est la connaissance qu'avait le cocontractant de la cessation des paiements. Toute la difficulté du texte tient dans ce mot. Car cette connaissance ne se prouve pas par un aveu. Elle se déduit : d'une relance restée sans réponse, d'un plan d'apurement négocié, d'un chèque rejeté, d'une visite au siège, d'un courrier qui dit tout. Le créancier le mieux informé est donc le plus exposé, ce qui produit un résultat paradoxal : celui qui a suivi de près la situation de son client risque plus que celui qui n'a rien vu. L'annulation est facultative, et c'est essentiel. Le texte dit « peuvent être annulés ». Le tribunal apprécie, ce qui lui permet de distinguer le fournisseur qui a continué de livrer pour maintenir l'activité de celui qui s'est fait payer en sachant qu'il prenait la place des autres. Le second alinéa vise les saisies, et il est cohérent : on n'annule pas seulement les paiements volontaires, mais aussi les paiements arrachés par voie d'exécution en connaissance de cause. Le troisième alinéa écarte du dispositif la contribution précomptée de sécurité sociale, la taxe sur la valeur ajoutée et la retenue à la source. La justification est claire : ces sommes n'ont jamais appartenu à l'entreprise, qui n'en était que collectrice.
Les courriers à écrire
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À Greffe du tribunalCourrier de dépôt de la déclaration de cessation des paiements
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À La gérance de la société, copie aux associésLettre de retrait d'un associé : modèle et conditions
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À Tribunal, par votre avocatObservations contre le report de la date de cessation des paiements
Ce que la Cour de cassation en a jugé
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Cass. com. · 12/01/2022 · n° 20-16.394L'appel suspensif du ministère public déplace la butée des dix-huit mois à la date de l'arrêt d'appel
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Cass. com. · 10/07/2019 · n° 18-17.820L'hypothèque consentie en période suspecte pour une dette antérieure est nulle de droit, et le paiement préférentiel obtenu grâce à elle tombe avec elle
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Cass. com. · 06/03/2019 · n° 17-17.686La connaissance de la cessation des paiements ne se présume pas : le juge la caractérise concrètement chez le bénéficiaire, au jour de l'acte
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Cass. com. · 18/05/2016 · n° 14-24.910Sauvegarde convertie puis liquidée : la période suspecte n'englobe jamais la période d'observation de la sauvegarde
Par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge du contentieux, juge des procédures collectives et juge-commissaire · publié le 30 juillet 2026 · mis à jour le 13 août 2026