Article L692-7 du Code de commerce
- Le praticien de la procédure principale qui veut prendre un engagement (article 36 du règlement) recueille l'accord de tous les créanciers locaux concernés.
- Y compris les institutions de garantie des salaires, celles de l'article L. 3253-14 du code du travail.
- Il informe chaque créancier des caractéristiques de sa créance, et communique l'engagement au comité d'entreprise ou, à défaut, aux délégués du personnel.
- Le silence vaut REFUS pour les salariés et les créanciers publics, dans un délai de soixante jours.
- Le même silence vaut APPROBATION pour les autres créanciers locaux dont les droits sont affectés, dans ce même délai.
Partie législative, partie réglementaire : quelle différence ?
La loi, votée par le Parlement. Elle pose les principes et les droits : qui peut demander l'ouverture d'une procédure, à quelles conditions, avec quels effets sur les dettes, les contrats et les salariés. C'est le texte qui décide.
Le décret, pris par le gouvernement pour appliquer la loi. Il règle le « comment » : quelle juridiction saisir, quelles pièces joindre, dans quels délais, qui convoque qui, sous quelle forme. C'est le texte qui organise.
Les deux se lisent ensemble : un droit reconnu par la loi s'exerce selon les formes fixées par le décret, et une formalité manquée peut faire perdre ce droit. Sur ce site, la partie législative est toujours à gauche et la partie réglementaire toujours à droite, quel que soit l'article consulté.
Partie législative
La loi : ce que le Parlement a voté (articles en L)
Le praticien de l'insolvabilité de la procédure d'insolvabilité principale qui se propose de prendre un engagement en application de l'article 36 du règlement (UE) n° 2015/848 précité recueille l'accord de tous les créanciers locaux concernés par cet engagement, y compris les institutions de garantie mentionnées à l'article L. 3253-14 du code du travail. A cette occasion, il informe chaque créancier concerné des caractéristiques de sa créance. Le praticien de l'insolvabilité communique l'engagement au comité d'entreprise de l'établissement ou, à défaut, aux délégués du personnel. Le défaut de réponse des salariés et des créanciers publics dans le délai de soixante jours à compter de la réception de la proposition d'engagement vaut refus de l'engagement. Le défaut de réponse des autres créanciers locaux dont les droits sont affectés, dans ce même délai, vaut approbation de l'engagement.
Identifiant : LEGIARTI000035946548
Partie réglementaire
L'application : les décrets qui précisent la loi (articles en R ou D)
Aucun texte réglementaire n'est répertorié en regard de cet article.
Le texte qui fait du silence deux choses contraires, selon qui se tait. C'est l'article le plus intéressant du chapitre, et le plus piégeux. L'engagement, et ce qu'il évite. L'article 36 du règlement du 20 mai 2015 permet au praticien de la procédure principale de s'engager, envers les créanciers locaux d'un établissement situé dans un autre État membre, à les traiter comme s'ils bénéficiaient d'une procédure secondaire. S'il réussit, aucune procédure secondaire n'est ouverte : Art. L692-2 Article L692-2 En vigueur Code de commerce · Des difficultés des entreprises I.-Le tribunal saisi d'une demande d'ouverture d'une procédure d'insolvabilité secondaire rejette la demande lorsque le praticien de l'insolvabilité de la procédure d'insolvabilité principale ou le débiteur non dessaisi,... En vigueur depuis le 04/11/2017 · Source : Légifrance · Code de commerce Texte en attente de validation juridique. Cliquer pour consulter l'article complet → impose alors au tribunal de rejeter la demande. L'enjeu est considérable pour les deux camps. Pour le praticien principal, c'est l'unité de la restructuration. Pour les créanciers locaux, c'est le choix entre un engagement et une procédure française avec ses organes, son juge-commissaire et son droit. Le périmètre de l'accord est total, et les salaires y sont expressément. Le praticien doit recueillir l'accord de tous les créanciers locaux concernés, y compris les institutions de garantie des salaires de l'article L. 3253-14 du code du travail, c'est-à-dire l'AGS. Le législateur a voulu que l'organisme qui avance les salaires ne puisse pas être engagé sans son accord, ce qui est cohérent avec le rôle qu'il joue dans une procédure française. Une obligation d'information individuelle. À cette occasion, le praticien informe chaque créancier concerné des caractéristiques de sa créance. Ce n'est pas une formalité : un créancier ne peut consentir utilement que s'il sait ce qui est en jeu pour lui, et Art. R692-7 Article R692-7 En vigueur Code de commerce · Des difficultés des entreprises I.-Le praticien de l'insolvabilité de la procédure d'insolvabilité principale notifie l'engagement qu'il se propose de prendre en application de l'article 36 du règlement (UE) n° 2015/848 du 20 mai 2015 aux créanciers lo... En vigueur depuis le 08/06/2018 · Source : Légifrance · Code de commerce Texte en attente de validation juridique. Cliquer pour consulter l'article complet → complète en exigeant la jonction d'un état de la situation active et passive avec ventilation du privilégié et du chirographaire, et de l'ensemble des propositions de règlement. Et la règle du silence, qui fait tout le sel du texte. Dans le même délai de soixante jours à compter de la réception de la proposition : le défaut de réponse des salariés et des créanciers publics vaut refus ; le défaut de réponse des autres créanciers locaux vaut approbation. Une même inertie produit donc l'effet inverse selon la qualité de celui qui se tait. La logique est protectrice : les créanciers les moins outillés pour analyser une proposition venue de l'étranger, salariés et administrations, sont protégés par un silence qui refuse. Les créanciers professionnels, eux, sont réputés avoir lu.
Créancier professionnel : votre silence vous engage. Soixante jours sans répondre valent approbation de l'engagement, donc renoncement à la procédure secondaire française. Un courrier venu d'un praticien étranger, en langue étrangère peut-être, sur un sujet technique, n'est pas un courrier qu'on classe. Répondez, même pour refuser. Salarié ou créancier public : votre silence vous protège, mais ne vous en remettez pas à lui. Le refus par silence conserve la possibilité d'une procédure secondaire, ce qui est souvent votre intérêt. Mais un refus motivé pèse davantage dans la négociation, et il évite de donner l'impression d'une négligence. Praticien principal : la ventilation du passif est votre pièce maîtresse. Art. R692-7 Article R692-7 En vigueur Code de commerce · Des difficultés des entreprises I.-Le praticien de l'insolvabilité de la procédure d'insolvabilité principale notifie l'engagement qu'il se propose de prendre en application de l'article 36 du règlement (UE) n° 2015/848 du 20 mai 2015 aux créanciers lo... En vigueur depuis le 08/06/2018 · Source : Légifrance · Code de commerce Texte en attente de validation juridique. Cliquer pour consulter l'article complet → exige un état actif et passif avec ventilation du privilégié et du chirographaire, et l'information individuelle de chaque créancier sur les caractéristiques de sa créance. Un engagement proposé sur des données approximatives sera refusé par ceux dont le silence refuse, et contesté par les autres au titre de Art. L692-9 Article L692-9 En vigueur Code de commerce · Des difficultés des entreprises Le jugement qui statue sur les demandes des créanciers locaux tendant, sur le fondement du paragraphe 9 de l'article 36 du règlement (UE) n° 2015/848 précité, à ce que soient prises des mesures provisoires ou conservatoi... En vigueur depuis le 04/11/2017 · Source : Légifrance · Code de commerce Texte en attente de validation juridique. Cliquer pour consulter l'article complet → . Débiteur : l'engagement n'est pas toujours votre intérêt. Éviter une procédure secondaire signifie que vos créanciers locaux, vos salariés et l'AGS seront traités dans la procédure étrangère. Une procédure française leur applique le droit français, et vous donne un tribunal que vous connaissez. Pesez-le avant de soutenir l'engagement.
- La règle du silence est différenciée et elle protège les plus faibles : le silence des salariés et des créanciers publics refuse, celui des créanciers professionnels approuve.
- L'accord de l'AGS est expressément exigé : l'organisme qui avance les salaires ne peut pas être engagé sans son consentement.
- L'information est individuelle et porte sur les caractéristiques de chaque créance, ce qui rend le consentement éclairé possible et non théorique.
- La communication aux représentants du personnel est obligatoire, de sorte que le collectif des salariés est informé même si chaque salarié ne répond pas.
- Le délai de soixante jours est unique et net : il ne varie pas selon la qualité du créancier, seule la portée du silence varie.
- Un créancier professionnel qui ne lit pas son courrier approuve sans le savoir : c'est la conséquence la plus lourde du texte, et rien ne l'avertit de l'effet de son silence.
- Le texte ne définit pas le « créancier public », alors que la portée du silence en dépend entièrement : un organisme social, une collectivité, un établissement public industriel et commercial ?
- « Tous les créanciers locaux concernés » suppose une liste exhaustive que le praticien étranger doit établir à partir de la comptabilité d'un établissement qu'il ne connaît pas.
- La référence au comité d'entreprise n'a pas été actualisée : l'instance s'appelle désormais comité social et économique, et le texte parle encore de délégués du personnel.
- Le texte ne dit pas ce qu'il advient d'un créancier local omis : son accord n'a pas été recueilli, et rien ne dit si l'engagement lui est opposable.
Analyse rédigée par la rédaction du site : elle éclaire le texte officiel sans s'y substituer et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.
Par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge du contentieux, juge des procédures collectives et juge-commissaire Mis à jour le