La banque se retire : vos soixante jours
Dirigeant confronté à un refus ou à une rupture de concours bancaire
Par Alexandre Baumberger, ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux (2018-2026), juge du contentieux, juge des procédures collectives et juge-commissaire · publié le 24 août 2026
Une lettre de la banque met fin à un découvert ou refuse un crédit, et tout semble s'arrêter. C'est faux : un concours à durée indéterminée ne se coupe pas du jour au lendemain, et il existe un recours gratuit et confidentiel que presque personne ne connaît. Ce guide dit quoi faire, dans quel ordre, pendant les soixante jours qui vous restent.
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Datez la lettre, et comptez
Une banque qui met fin à un concours à durée indéterminée consenti à une entreprise doit un préavis fixé lors de l'octroi, qui ne peut être inférieur à 60 jours (article L. 313-12 du code monétaire et financier). Le compte à rebours part de la notification écrite. Deux exceptions seulement, et elles sont sévères : le comportement gravement répréhensible du bénéficiaire, et la situation irrémédiablement compromise. Notez la date de la lettre et celle de la fin du préavis. Ce sont les deux seules dates qui comptent pour les semaines qui viennent.
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Demandez un réexamen, par écrit
Un courrier bref, factuel, qui demande à l'établissement de revoir sa position et joint votre prévisionnel de trésorerie. Deux raisons de l'écrire : la banque revient parfois d'elle-même sur sa décision, et surtout, la médiation du crédit suppose une trace écrite de ce refus. Ne téléphonez pas. Un refus verbal ne se prouve pas.
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Appelez votre expert-comptable avant tout le monde
C'est lui qui produit la pièce que réclameront tous vos interlocuteurs : un prévisionnel de trésorerie à treize semaines, semaine par semaine. Sans ce document, aucun dossier n'avance, ni à la médiation, ni à la CCSF, ni devant un conciliateur. Il n'a pas d'obligation d'alerte, contrairement au commissaire aux comptes (L234-1 (référence à vérifier)), mais il voit vos chiffres avant vous.
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Saisissez la Médiation du crédit
Gratuite, confidentielle, en ligne. Le médiateur de votre département est le directeur départemental de la Banque de France. Il vérifie la recevabilité, informe les établissements et leur demande de réexaminer leur position. Si le refus est maintenu, il réunit les partenaires financiers. Pendant l'instruction, les établissements s'engagent à maintenir les concours en place. C'est tout l'intérêt d'avoir saisi tôt : le robinet reste ouvert pendant qu'on discute. Aucune inscription dans un fichier, aucun effet sur la cotation de l'entreprise.
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Regardez aussi du côté de l'assurance-crédit
La banque n'est pas toujours la première à partir. Quand un assureur-crédit réduit ou supprime la garantie accordée à vos fournisseurs, ceux-ci passent en paiement comptant, et votre besoin de trésorerie explose sans qu'aucun banquier n'ait bougé. La médiation du crédit couvre aussi ce cas.
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Si le préavis court toujours, allez voir le président du tribunal
L'entretien avec le président est confidentiel (Art. L611-2 Article L611-2 En vigueur Code de commerce · De la prévention des difficultés des entreprises I.-Lorsqu'il résulte de tout acte, document ou procédure qu'une société commerciale, un groupement d'intérêt économique, ou une entreprise individuelle, commerciale ou artisanale connaît des difficultés de nature à compr... En vigueur depuis le 01/10/2021 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ), et c'est ce que personne ne croit. Il peut désigner un mandataire ad hoc (Art. L611-3 Article L611-3 En vigueur Code de commerce · De la prévention des difficultés des entreprises Le président du tribunal peut, à la demande d'un débiteur, désigner un mandataire ad hoc dont il détermine la mission. Le débiteur peut proposer le nom d'un mandataire ad hoc. La décision nommant le mandataire ad hoc est... En vigueur depuis le 01/10/2021 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ) ou ouvrir une conciliation (Art. L611-4 Article L611-4 En vigueur Code de commerce · De la prévention des difficultés des entreprises Il est institué, devant le tribunal de commerce, une procédure de conciliation dont peuvent bénéficier les débiteurs exerçant une activité commerciale ou artisanale qui éprouvent une difficulté juridique, économique ou f... En vigueur depuis le 11/12/2010 · Source : Légifrance · Code de commerce Cliquer pour consulter l'article complet → ), qui restent l'un et l'autre couverts par la confidentialité (Art. L611-15 Article L611-15 En vigueur Code de commerce · De la prévention des difficultés des entreprises Toute personne qui est appelée à la procédure de conciliation ou à un mandat ad hoc ou qui, par ses fonctions, en a connaissance est tenue à la confidentialité. En vigueur depuis le 01/01/2006 · Source : Légifrance · Code de commerce Texte en attente de validation juridique. Cliquer pour consulter l'article complet → ). Ces démarches se cumulent avec la médiation : l'une traite la relation bancaire, l'autre l'ensemble du passif. Les praticiens travaillent couramment ensemble.
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Ce qu'il ne faut pas faire pendant ces soixante jours
Ne réglez pas certains créanciers en laissant les autres pour tenir : si la cessation des paiements est ensuite constatée, ces paiements peuvent être remis en cause. Ne touchez jamais aux cotisations salariales précomptées. Et surtout, ne laissez pas filer les 60 jours en espérant que la banque change d'avis toute seule. Le silence n'a jamais rouvert une ligne de crédit.
Point de vigilance
Le préavis de 60 jours tombe si la situation de l'entreprise est déjà irrémédiablement compromise (article L. 313-12 du code monétaire et financier). Autrement dit : plus vous attendez, moins la règle vous protège.
Et maintenant ?
Questions fréquentes
Quelle est la portée exacte du préavis de l'article L. 313-12 du code monétaire et financier ?
Il vise les concours à durée indéterminée consentis à une entreprise, autres qu'occasionnels. Le préavis est fixé lors de l'octroi et ne peut être inférieur à 60 jours. Il tombe en cas de comportement gravement répréhensible du bénéficiaire ou de situation irrémédiablement compromise. La qualification de la facilité tolérée de façon répétée en concours protégé est un terrain de discussion classique, et se plaide plus qu'elle ne se constate.
Comment la médiation s'articule-t-elle avec la confidentialité de la conciliation ?
La médiation n'a pas de base légale propre : c'est un dispositif conventionnel. Sa confidentialité tient à la pratique et à l'accord de place. Celle de la conciliation, elle, est légale (Art. L611-15 Article L611-15 En vigueur Code de commerce · De la prévention des difficultés des entreprises Toute personne qui est appelée à la procédure de conciliation ou à un mandat ad hoc ou qui, par ses fonctions, en a connaissance est tenue à la confidentialité. En vigueur depuis le 01/01/2006 · Source : Légifrance · Code de commerce Texte en attente de validation juridique. Cliquer pour consulter l'article complet → ) et s'impose à tous ceux qui sont appelés à la procédure. Mener les deux de front conduit en pratique à faire couvrir les échanges bancaires par le cadre le plus protecteur.
Quel intérêt stratégique à saisir la médiation avant la conciliation ?
Elle documente la position de chaque partenaire financier et fait apparaître qui bloque réellement. Le conciliateur désigné ensuite arrive avec une cartographie faite, ce qui raccourcit sa mission. Accessoirement, la médiation ne consomme pas le délai de la conciliation.
Pour aller plus loin
Le socle légal, article par article
Ce que ce guide met en œuvre, texte par texte. Déduit des renvois du guide lui-même, et vérifié présent au corpus : jamais un article cité de mémoire.
- Article L611-15
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Article L611-2
Peu de courriers font plus peur que celui-ci, et peu de courriers sont plus mal compris. Une convocation du président du tribunal n'est pas une convocation en justice. Il n'y a pas d'audience, pas de partie adverse, pas de décision à la clé. Le texte le dit sans ambiguïté : les dirigeants sont convoqués « pour que soient envisagées les mesures propres à redresser la situation ». C'est un entretien, confidentiel, dont l'objet est de chercher des solutions. Beaucoup de dirigeants n'y vont pas, ou y vont la peur au ventre, persuadés qu'ils vont être jugés. C'est un contresens, et il coûte cher : cet entretien est le moment où la prévention est encore possible, où un mandat ad hoc (L611-3) ou une conciliation (L611-6) peuvent être proposés, avant que la cessation des paiements ne ferme ces portes. Le déclencheur mérite d'être connu. « Tout acte, document ou procédure » : une inscription de privilège, un jugement de condamnation, des comptes alarmants, un signalement. Le président ne convoque pas au hasard, il convoque parce que quelque chose est apparu. Le second alinéa du I donne un pouvoir considérable, et il faut le dire franchement. Dès l'envoi de la convocation, le président peut se faire communiquer par les commissaires aux comptes, le comité social et économique, les administrations, les organismes sociaux et les services centralisant les incidents de paiement tout renseignement utile, nonobstant toute disposition législative ou réglementaire contraire. Le dirigeant qui viendrait minimiser la situation doit savoir que son interlocuteur peut déjà tout savoir. Cela ne doit pas être lu comme une menace, mais comme une raison de plus de venir et de parler vrai. Un entretien où le dirigeant dit la réalité est utile ; un entretien où il la maquille ne trompe personne et fait perdre le seul avantage dont il dispose, le temps. Le II est d'une autre nature : c'est l'injonction de déposer les comptes annuels, sous astreinte. Le non-dépôt des comptes est le premier signal d'alerte, et souvent le premier réflexe de dissimulation. Le texte y répond par une contrainte financière, puis par le pouvoir d'information.
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Article L611-3
Le mandat ad hoc est l'outil de prévention le plus souple du Livre VI : aucune condition de cessation des paiements n'est posée par le texte, la mission est sur mesure (négocier avec la banque, un bailleur, l'URSSAF, préparer une conciliation L611-6 ou une cession), la durée n'est pas bornée et la confidentialité est protégée par la loi (article L. 611-15, hors corpus). Le débiteur garde la main : lui seul peut demander la désignation, il peut proposer le nom du mandataire, et il reste en fonction, le mandataire n'administre pas. La rémunération est encadrée par L611-14 : conditions fixées avec l'accord du débiteur.
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Article L611-4
Cet article est court et il décide de tout. Il pose deux conditions et une seule borne. La condition d'entrée est large au point qu'on la sous-estime : une difficulté « avérée ou prévisible » suffit. Un dirigeant qui voit venir la perte d'un client majeur remplit la condition avant même que sa trésorerie n'ait bougé. La borne de sortie est un nombre : quarante-cinq jours de cessation des paiements. Au-delà, la porte se ferme définitivement. Ce délai est le même que celui de L631-4, et ce n'est pas un hasard. Les deux textes se lisent ensemble : pendant quarante-cinq jours, le débiteur en cessation des paiements n'est pas tenu de déposer, il est tenu de choisir entre deux voies. L631-4 n'impose la demande de redressement que « s'il n'a pas, dans ce délai, demandé l'ouverture d'une procédure de conciliation ». La conciliation n'est donc pas seulement une procédure de prévention. C'est aussi, pendant six semaines, une alternative au dépôt de bilan.
Les courriers à écrire
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À Fournisseur ou prestataireDemande d'échelonnement à un fournisseur
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À URSSAF ou service des impôts des entreprisesDemande de délais de paiement à l'URSSAF ou au service des impôts
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À Président du tribunalRequête en désignation d'un mandataire ad hoc